Papouasie Occidentale

Expédition lengguru Kaimana 2010

Du 3 octobre au 18 novembre 2010 une expédition multidisciplinaire réunissant des biologistes (spécialistes des chiroptères, des insectes, des oiseaux, amphibiens, mollusques, arthropodes, et une bonne dose d’ichtyologues) et des géologues (karstologues, sédimentologues, paléontologues, dont une paléoichtyologue) a sillonée la bordure sud du massif karstique de la Lengguru dans le cou de l’oiseau que dessine l’île de Papouasie.

En avril 2009, une petite équipe d’ichtyologues de l’IRD aborde la zone du cou de l’oiseau papou par sa côte nord. Ils observent alors de loin un énorme massif karstique qui expose ses reliefs escarpés bien au dessus des nuages. C’est le massif de Lengguru, une zone inhospitalière, inhabitée en dehors de sa côte et qui s’étend sur plusieurs centaines de kilomètres. Réunissant les informations connues sur sa biodiversité, il semble que cet immense territoire soit marqué par un fort endémisme pour certains taxons, tout en constituant une zone tampon, parfois avec des espèces hybrides pour d’autres groupes. La rencontre avec des karstologues achève de les convaincre de l’intérêt d’explorer cette zone encore mal connue tant dans sa géologie que dans sa biologie et l’élaboration du projet prends forme dès cet automne 2009, avec à sa tête Laurent Pouyaud (IRD) et son étudiant Kadarusman (Apsor).

Rapidement un premier financement est obtenu auprès de la Fondation de la Recherche pour la Biodiversité. Puis, c’est grâce au soutien de Colas Compagnies en Indonésie, de Veolia Environnement et de l’IRD, mais aussi grâce à l’enthousiasme des participants que le budget sera bouclé dès le début 2010. De ce moment à la réunion de l’équipe à Sorong, à bord du bateau-base qui va nous conduire et nous abriter pendant cette mission, c’est l’administration de la mission qui est réglée avec les multiples instances indonésiennes et papoues.

Enfin, débute la mission de 7 semaines dont l’objectif est d’identifier les environnements karstiques et de connaitre leur histoire, tout en amorçant l’inventaire de la biodiversité qu’ils abritent. Cette mission d’exploration est le premier jalon de travaux multi‐disciplinaires qui permettront la caractérisation du lien entre d’une part ces milieux particuliers qui présentent notamment une dynamique rapide et permettent un morcellement des habitats et d’autre part une biodiversité florissante : il se pourrait que du fait du karst, cette région ait fonctionné comme une ‘pompe à espèce’ au cours des derniers millions d’années. Enfin, des archéologues rejoignent la mission avec pour objectif l’inventaire des peintures de la côte mais aussi la prospection des bordures de lacs et de l’intérieur de grottes karstiques.

Ce massif de la Lengguru, nous en avons donc parcouru la bordure sud en tous sens, effleurant les réponses à nos questions tout en en posant de nouvelles, et nous heurtant à ses flancs déchiquetés de karst toujours actif à chaque fois que nous voulions pénétrer ses reliefs. Notre soif de le comprendre, de l’explorer n’est certes pas étanchée, plutôt aiguisée. Mais il va nous falloir du temps pour digérer l’ensemble de données déjà collectées, les traiter, les analyser… Quoi qu’il en soit les contours des projets futurs se précisent. Dès 2011 nous allons nous réunir pour faire le point sur les premiers résultats et élaborer programme de recherche à plus long terme sur la base d’une stratégie de recherche de fond, élargie probablement à d'autres disciplines et spécialités.

Ainsi, il est encore trop tôt pour tirer un bilan précis. Mais nous savons déjà que ce bilan sera franchement positif. Positif en termes de publications prévues (rien que pour l’inventaire de la diversité ichtyologique du massif, de nombreuses nouvelles espèces vont être rapidement décrites), mais aussi pour les collègues en charge de domestiquer de nouveaux poissons d’aquarium. Positif aussi en termes de politique de coopération, puisque les travaux initiés associent des collègues de différentes spécialités (du vrai trans/multi‐disciplinaire !) et impliquent des institutions diverses aussi bien du côté indonésien que du côté français. Ce point est capital car il induit des dynamiques de recherche qui dépasseront le cadre de la recherche sur ce projet commun à l’intérieur de chaque pays et évidemment entre ces zones antipodes. Enfin, chacun a poursuivit son chemin de scientifique et a oeuvré pour sa communauté de recherche…

Pour en savoir plus sur cette expédition, vous trouverez le projet, ses acteurs et son journal de bord (ainsi que les travaux développés par des classes, notamment une « radio papoue ») sur http://www.lengguru.org/. Vous pouvez aussi contacter Laurent Pouyaud ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ). Enfin, un documentaire (Papouasie, enfer et contre tout) retrace les deux expéditions strictement ichtyologiques et IRD qui ont préludé à notre expédition.

Ichtyologiquement, Olga Otero.

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